aeropostal'bidouille

En attendant Louise (7)

Un de mes drames, c’est que l’épisode 8 est déjà prêt et que je trépigne à l’idée de l’envoyer. Faut que j’arrive à tenir 48 heures. (Bon, okay, c’est un tout petit drame…) . Pour le MOOC « je sais me servir de mon smartphone », j’ai craqué. Je suis allée voir mon gentil petit chou de la boutique Orange. Il a installé le bidule qui me permet de lire mes mails et collé ça, là où je peux le trouver. Comme je partais, il m’a dit : « à la semaine prochaine ! même endroit, même heure ! ». J’vais peut-être lui apporter un sachet avec des carambars et des petits nounours, la prochaine fois. J’adore l’idée d’être sa vieille tata Monique.

résumé : Dominique parle de ses collègues, Simon mange trop vite, Christine résume trop bien.

désert nuit

« On voit le système AD, ce soir ! »

Il faisait vraiment très nuit. Sauf que cette nuit était piquetée de tellement d’étoiles qu’il aurait pu en faire presque jour.
Le feu que Dominique avait allumé n’était plus qu’un petit tas rougeoyant. J’avais beau prendre un air dégagé, je commençais à me les peler carrément. Elle, elle avait le nez levé et contemplait le ciel. Je ne sais pas en quoi était faite sa fichue combinaison mais elle n’avait pas l’air d’avoir froid. Elle s’est extraite de sa contemplation et m’a regardé.
«  Je ne ressens pas le froid, Simon, c’est tout. Je ne ressens pas le froid, pas le chaud, je ne ressens rien.» J’ai cherché un truc spirituel à dire et j’ai rien trouvé. Elle a levé la tête à nouveau puis m’a désigné du doigt un coin du ciel. Il devait y avoir cinq milliards d’étoiles dans ce centimètre carré. «  On voit le système AD, ce soir… Là ! s’est-elle exclamé, là ! Tu le vois? »

A vrai dire je voyais pas vraiment, mais je n’ai pas voulu la peiner. J’ai hoché la tête avec enthousiasme. « Mon astéroïde est le sept-cent quarante-septième à partir de l’étoile » a-t-elle continué.
J’avais beau écarquiller les yeux à me les faire sauter des orbites, je voyais juste un amas de points pâles tellement serrés qu’au bout de huit secondes, tout est devenu trouble. J’ai hoché la tête d’un air dubitatif. Je me suis mis à frissonner.
La fatigue m’est tombée dessus d’un coup.
« On va s’installer pour la nuit, tu vas voir, les plumes, c’est vachement chaud! ».

duvet d'ange

(cliquer pour ouvrir )

J’ai pas tout de suite compris, j’ai juste bâillé. Je me sentais en sécurité : elle prenait les choses en main apparemment.
J’ai donc laissé tomber mes airs d’aviateur intrépide et j’ai juste pris l’air d’un homme exténué.
Elle a roulé un bout de bâche pour nous isoler du sable, elle s’est allongée sur le côté et d’une main, en gigotant un peu, a déplié une de ses ailes sur moi.
«  Essaie de ne pas trop remuer, hein, parce que bouger ce truc, a-t-elle dit en désignant son aile, ça me fait un mal de chien.
– Je croyais que tu ne ressentais rien…
– Ouais, ben, j’ai beau être un ange, j’ai mes limites… » elle a rétorqué.
Elle a lissé les plumes qui rebiquaient et s’est bien serrée contre moi. C’est vrai que c’était vachement agréable d’être là dessous. Evidemment mes jambes dépassaient un peu mais j’étais rudement bien.
« Tes ailes, comment ça se fait qu’elles soient cassées ? C’est arrivé comment? »
Je la regardais en noir et gris sous le clair d’étoiles. Elle a planté son regard dans le mien.
« La première aile, s’est…s’est brisée contre la réalité. Quant à la seconde, c’est moi qui m’en suis chargée, le jour où en j’ai eu assez de voler seule et en rond… »
Elle a repris en essayant de mettre un peu d’ironie dans sa voix :
« C’est vrai quoi ! Tu imagines ? T’as l’air très con quand tu voles avec une seule aile ! Tu fais des ronds, tu reviens toujours au même point, ça n’avance pas, c’est carrément épuisant !! Alors, à un moment, j’en ai eu marre, il fallait que j’atterrisse… j’ai choisi de m’empêcher de voler, même en rond, même seule. J’ai cassé ma deuxième aile… »
Elle est restée silencieuse. Je me suis abstenu de demander comment elle avait fait pour se casser elle-même l’aile restante, parce que j’avais beau être quelqu’un de pas trop inventif, j’ai quand même réussi à imaginer que ça n’avait pas dû être une partie de plaisir et qu’elle n’avait pas nécessairement envie de me raconter les ligaments arrachés, le craquement de l’os qui se brise et la douleur qui s’en suit.
« De toute façon, a-t-elle repris, avec les plumes, c’est pas possible de poser un plâtre. » Elle s’est mise à se marrer.
Dominique disait des choses terribles, graves et sérieuses qu’elle atténuait d’une boutade, d’une pirouette, d’une blague idiote, qu’elle proférait immédiatement à la suite, comme pour se faire pardonner ou vous faire douter d’avoir vraiment saisi le sens de ses premières paroles. Dominique pratiquait le style dérisoire.
Elle a remonté un peu son aile en tirant dessus avec sa main, comme si elle remontait une couverture sur moi.
« Allez, dors. Demain, tu vas être crevé. Tu peux dormir tranquille, je vais veiller sur toi. C’est pas mon créneau le gardiennage angélique, mais j’ai des notions. »

(à suivre)

9 commentaires

  1. izabelleb · avril 26, 2016

    snifff. je lâcherai bien une larme, moi. Elle a l’air toute chose ta Dominique. Un peu comme la vie, on dirait…. courage, le pizod 8 sera plein de niac. ? hein?

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  2. l'excédée · avril 26, 2016

    Ah ! t’es revenue ! ben, j’crois que côté ambiance ça s’arrange qu’au 9…(je sais parce qu’en écrivant le 8 j’ai failli pleurer aussi…mais c’est parce que je suis trop sentimentale. Quand je vais me lancer dans le polar, c’est sûr je vais avoir super peur !)

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    • izabelleb · avril 26, 2016

      ben oui! je travaille pas le dimanche et le lundi… c’est mon repos et comme en plus je suis allée chez mon copain IK.. le suédois! j’ai eu un peu d’activité 🙂

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  3. l'excédée · avril 26, 2016

    c’est vrai que la Suède, c’est pas la porte à côté…

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  4. Electron Libre · avril 26, 2016

    C’est vrai que Christine résume très bien.
    C’est vrai, quand j’y pense, que Dominique est très pragmatique. Une seule aile… sert à rien… mais de là à pratiqur l’automutilation, … elle n’y va pas de main (d’aile) morte !
    Je viens de me rendre compte que je parle d’un ange au féminin !? Mais, au fait, je croyais « qu’ils » n’avaient pas de sexe ? Et depuis le début, je ne tilt pas ! Surprenant de se laisser embarquer comme ça.

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    • l'excédée · avril 26, 2016

      Alors que si elle avait été un séraphin, c’était gérable (à la limite).

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      • Electron Libre · avril 26, 2016

        Je ne sais pas. C’est quoi la différence ou hiérarchie chez les anges ? Chérubins, Séraphins, Archange,… et tout et tout… Je n’y connais rien. Pour moi, ce sont tous des anges.

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        • l'excédée · avril 26, 2016

          Les séraphins ont six ailes (super pratique pour les acrobaties aériennes )

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  5. Electron Libre · avril 26, 2016

    6 ailes ! Vachement rentable pour le garnissage des couettes !

    Aimé par 1 personne

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