A vaincre sans péril (13,5)

« Moi, ce que j’aime chez elle, c’est ses descriptions » (H.de Balzac)

(rapide a parte)
Je me vois contrainte de faire un demi épisode. Sinon, le « 14 » va faire trois pages et je vais encore perdre des lecteurs et/ou devoir consoler ceux qui ne comprennent rien à ce feuilleton, en les rassurant sur leurs capacités intellectuelles.
Pire, il va falloir peut-être que je leur réexplique tout depuis le début en étant claire ET SUCCINCTE.

L’explication empathique étant chez moi une seconde nature, je ne supporte pas que quelqu’un ne comprenne pas quelque chose. C’est plus fort que moi, faut que j’explique. En détail. Avec TOUS les détails. En long, en large et en travers. Jusqu’à ce que mort s’ensuive, s’il le faut. J’ai la « Vocation Explicative ».

Pour expliquer pourquoi je ne mange pas de poivrons, je suis capable de remonter jusqu’au Canon médical d’Avicenne, en faisant un détour par Ciceron, car j’aime beaucoup Ciceron -au fait, tu sais pourquoi on l’appelait Ciceron ?- (euh, non, je ne mets pas d’accent à « Cicéron » et tu sais pourquoi ? C’est parce que c’est un nom latin et je ne supporte PAAAS qu’on francise un mot latin à coup d’accent),oui, donc les poivrons sont des solanacées,  c’est dingue, hein, quand on pense que la tomate et le tabac sont de la même famille que le poivron, non ? Au fait tu sais que, ( bifurcation brusque  alors que mon interlocuteur croit que j’en ai fini), que ce n’est PAS Parmentier qui  ramené la pomme de terre ?
DONC, non, pas de ratatouille pour moi.

Le « DONC »  signale une fin de période rhétorique, c’est pour mes interlocuteurs le signal de la délivrance, ils sentent qu’ils ont une chance de s’en tirer, je vois une légère décrispation de leurs mâchoires, un imperceptible relâchement de leurs épaules.
Parfois, ce sont même eux qui, dans un ultime sursaut vital, me coupent la parole : « Et DONC ? »

Autour de moi, (je veux dire les gens qui me connaissent pour de vrai), personne ne me pose de questions,  aucun ne s’avise de me demander un renseignement. Tous savent qu’ils s’exposent alors à une réponse dont la longueur ferait ressembler la Leçon Inaugurale au Collège de France de Jean Marie Tarascon à un aimable distique.
Et malheur à eux si je me mets en tête de raconter le synopsis d’un film que j’ai vu il y a 15 ans, puisqu’ils auront droit au scénario complet, assorti du storyboard développé, sauf que je ne me souviens jamais du nom des héros, ni des acteurs, ni même du titre du film et que ça donne un truc dans le genre de :
« alors le type au complet gris prince-de-galles, il va voir la nana, celle qui joue aussi dans l’autre film, tu sais, (« nan je sais pas »), mais siiiiiii, le film qu’on a vu l’année dernière, y avait le type que j’aime bien, là, le brun qui joue aussi dans le film avec Lucchiniiiiii,(« nan, j’vois pas ») même que Fred et sa Copine étaient avec nous, et après on a mangé chez Fred et qu’Isabelle avait fait un tian (« nan, je me rappelle pas »), bon c’est pas grave, oui, donc la nana… » (Mon Dominique personnel est un type concis dans ses interventions dialoguées).

BREF (j’adore écrire « bref », ça me donne l’impression de l’être (brève)),tout ça pour dire que j’ai écrit qu’un demi épisode.

Résumé : Louise a délivré le Verduret des geôles de Diurne, nos héros doivent récupérer le Barondin chez Blépaphore (en gros, quoi…)

« Ptain, j’ai pas l’ombre du début d’une amorce d’idée, résuma Louise, en reposant sa tasse de café. Vous avez une idée, vous ?
-Pas la moindre, la rassura Dominique. »
ephemeride glinglinOn était le lendemain.( si on y réfléchit deux secondes c’est le genre de phrase qu’on dit rarement au présent : « eh Paul, on est aujourd’hui ou on est le lendemain ? »)
Dominique RDM le Verduret avait dormi chez Dominique, et Louise les avait rejoints dès le lever du soleil. Dominique lui avait fait du café.

Le Verduret semblait plus calme que la veille, bien qu’il tentât de temps à autre d’atteindre les nichons de Louise. A chacune de ses tentatives, elle lui tapait sur la main comme on fait d’un enfant gourmand, dans l’espoir qu’il cesse ses manœuvres libidineuses.
« Ce qu’il faudrait, reprit Louise en jetant trois aspirines dans son café, c’est pénétrer discrètement dans le château de Blépaphore, là on essaierait de récupérer le Barondin de Nocturne. » Elle s’interrompit et but une gorgée de son café aspiriné, elle s’étrangla en avalant, reposa sa tasse en catastrophe. « Dominique, la ferme ! enfin, non, le tunnel , la trappe, le tas de foin ! ! ! Voilà comment nous allons pénétrer dans le château de Blépaphore !
– Mais Louise, rétorqua-t-il avec pertinence, seuls nos rois peuvent toucher les emblèmes, c’est un crime pour tout autre ! Comment voulez-vous que… »
Louise lançait des œillades de travers qui désignaient le Verduret.
«  Un roi ? on en a un, de roi. C’est Dominique le Verduret qui va procéder.
– Moâ ? coassa le Verduret en roulant des yeux affolés.
– Oui, toi, lui asséna Louise. Faut tout de même que tu serves à quelque chose dans cette histoire, non ? parce que, franchement si c’est juste pour essayer de me pincer les fesses … Bon, j’vais me changer, je peux pas aller à la campagne habillée comme ça. » Louise désignait du regard ses escarpins mauves, sa jupe en dentelle fuchsia  et son t-shirt des Chicago Bulls.  « Rejoignons-nous dans deux heures à la cathédrale Sainte Biaffine. »

garde xvi

Page de la Garde Royale (1578) Musée du costume

 

A l’heure dite, Dominique et le Verduret virent arriver devant le portail de la cathédrale Sainte Biaffine, un page de la garde royale. Collants verts, poulaines rouges, courte jupe plissée blanche et béret à grelots, le garde s’approcha d’eux. C’était Louise.
«  Si vous saviez le mal que j’ai eu pour me le procurer… gaspa-t-elle , mais au moins, je vais passer inaperçue ! ». Les propos de Louise semblèrent immédiatement démentis par l’attroupement spontané de badauds qui se mirent en devoir de lui demander des autographes et insistèrent pour poser avec elle pour des photos souvenirs.
«  Ce costume remonte au XVI ème siècle, Louise, expliqua Dominique, plus personne ne porte ce genre de trucs.
– Eh ben moi, si ! ! ! rétorqua Louise un peu vexée. Bon alors, on y va ? »
Les trois futurs conspirateurs hélèrent un taxi. Ils reconnurent le chauffeur qui les avait déjà ramenés vers Monte-Alto.
« Encore vous ! rugit-il .
– Encore vous ? s’étonnèrent-ils
– Je ne vois pas pourquoi vous faites les étonnés, je suis le seul taxi de Monte-Alto, précisa-t-il en se regorgeant avec fierté. Où est-ce que je vous conduis ? »
Dominique fit une description sommaire des environs de la ferme, le conducteur hocha la tête, se grattouilla le crâne et finit par se lancer dans une explication qui était aussi longue qu’animée. Au final il démarra.
La grange fut bientôt en vue, le chauffeur les déposa au début d’un sentier.
Louise, Dominique et le Verduret attendirent que le taxi eût fait demi-tour avant de pénétrer dans la grange. Dominique lança un air nostalgique au tas de foin, puis s’approcha de la trappe. Celle-ci bascula, tous trois s’engagèrent dans l’étroit escalier.
(à suivre)

10 commentaires

  1. voulaah · mars 27, 2016

    merci pour ce super post
    en fait je viens de découvrir ton blog et je le trouve super sympa
    je me suis abonnée pour te suivre
    je t’invite de faire un saut sur mon blog si ca te dit et me suivre aussi
    Anita

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    • l'excédée · mars 27, 2016

      Bienvenue chez les bargeots et bargeottes ! je suis sur ton blog en ce moment, c’est « très au point » ! (sanglots)
      Mais qui donc t’as parlé de « louise » ?

      Aimé par 1 personne

  2. izabelleb · mars 29, 2016

    Maiaiaiaiaiais [respire] eeeeeeh! pourquoi t’aime pas les poivrons?

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    • l'excédée · mars 29, 2016

      crus, bouillis, au grill, confits, avec ou sans peau, ils se rappellent à mon bon souvenir pendant 48 h. Deux grammes de poivrons me gâchent le goût du plat (et la digestion). 253 personnes (à ce jour) m’ont fait goûter leurs préparation assorties d’un : « goûte, je suis sûr(e) que comme ça tu vas aimer ». (envie de pleurer)

      Aimé par 1 personne

  3. moocreflexion · mars 29, 2016

    Ciceron, c’est pas carré… C’était trop facile à faire pour que je m’abstienne !

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  4. lessismorebyraphaell · avril 1, 2016

    tres instructif, j’aime beaucoup ton style

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