C’est du poulet ? (8)

« Longtemps je me suis couché de bonne heure, c’était avant d’avoir découvert le feuilleton de Christine F. »(Marcel Proust)

chateaublepah
résumé pour Patou 45 : Louise et Dominique doivent s’échapper d’une des granges car Louise veut assister à la passation de pouvoir du soir entre Blépaphore et Nocturne, et aller au concert le lendemain. Ils découvrent une trappe qui s’ouvre sur un escalier.

 

“ Dominiiiiique ? ça va ? ” Sa question restant sans réponse, Louise s’engagea dans l’escalier.
Il y faisait plutôt sombre, et Louise avait un peu les chocottes. Tâtant du bout du pied chaque marche, elle descendit de la sorte une douzaine de degrés. Contrairement à ce qu’elle pensait, elle ne heurta pas le corps de Dominique évanoui, ne lui marcha pas dessus, ne se vautra pas dedans.
“ Si au moins, j’y voyais quelque chose.. il faudrait un peu de lumière… ”
Et soudain, la lumière fut. Louise aveuglée cligna des yeux comme une poule prise dans les phares d’une BB66400. Elle était dans une sorte de souterrain creusé dans la roche. Des ampoules étaient suspendues tous les vingt mètres sous la voûte d’un tunnel dont on n’apercevait pas la fin.tunnel eclairé
“ Bon, Louise, caverna une voix, j’vous attends moi, allez ! ”
Reconnaissant la voix de Dominique, Louise, soulagée, accéléra le pas et le rejoignit. Ils marchèrent pendant quelques centaines de mètres sans échanger un seul mot.
Un bruit rompit soudain le silence, un horrible gargouillis qui résonna dans tout le tunnel. Louise se toucha l’estomac : “ Ptain, j’ai faim ! j’ai rien mangé depuis hier soir », remarqua-t-elle sobrement. “ Faut absolument que je trouve à manger, moi, je peux pas continuer à m’échapper des granges, à rechercher des rois, à provoquer des incendies, des explosions de portes sans m’alimenter. Dominique, faut qu’ je bouffe !
– Louise, je vous propose d’essayer de tenir jusqu’à ce qu’on sorte de ce tunnel, et là nous aviserons. ” répondit sobrement Dominique.
Louise  re-glouglouta un peu mais dut admettre qu’elle n’avait pas tellement le choix. Elle se remit donc à marcher. Ils arrivèrent enfin à une porte. (Une énorme porte en bois, genre porte massive en bois massif). Le plus étonnant fut que pour une fois et contrairement à toute attente, d’une part la porte n’explosa pas et que, d’autre part elle s’ouvrit sans aucune difficulté. Personne ne montant la garde de l’autre côté, Louise et Dominique en passèrent rapidement le seuil.dallage jauneblanc Ils se trouvaient maintenant dans une salle immense, dallée de larges carreaux jaunes et blancs, des tentures masquaient les murs de pierre, quelques armures tentaient d’y être décoratives.
“ Nous sommes au château de Blepaphore, c’est étonnant, non ? chuchota Dominique
– C’est bien, vous croyez ? demanda Louise.
– Oui, oui, opina Dominique. Blepaphore devrait bientôt se rendre à la Passation Nocturne, nous verrons alors s’il est en possession du Barondin.
– Vous croyez qu’on peut trouver un truc à manger quelque part ? s’enquit Louise qui gargouillait de plus en plus.
– Vous ne pensez qu’à manger, vous, décidément ! releva Dominique d’un ton réprobateur.
– Mais ça fait quand même 19 heures, que j’ai rien mangé, moi ! ! ! J’vais faire un tour aux cuisines ! C’est par où les cuisines, Dominique ?
– Mais, c’est hors de question, enfin, Louise ! On va se faire repérer ! Et puis vous avez vu comment vous êtes fringuée, là, avec votre culotte violette, votre jupe à ficelles et votre t-shirt de basketteur ? Ça va être l’émeute, les cuisiniers, les marmitons, les…
– Vous y connaissez rien, l’interrompit Louise, j’vais vous montrer moi ! ”consolepourpreor
Se dirigeant vers une console supportant une coupelle de cuivre, Louise le planta là. Elle s’empara de la pièce de velours pourpre qui  recouvrait la console, s’en confectionna une espèce de toge drapée, elle posa ensuite la coupelle sur sa tête. Dominique regardait d’un air halluciné la transformation s’opérer.
“ Et hop ! rugit Louise avec un petit mouvement de hanche, qu’est-ce que vous dites de ça ? La princesse Louise a faim, la princesse Louise s’en va-t- aux cuisines réclamer du poulet ! ! ! ”

Dominique ne lui fit pas remarquer que de dos on voyait toujours sa culotte, qu’au Monte-Alto il n’y avait pas de princesses, et qu’on ne mangeait jamais de poulet le sixième de Gride du mois de Vendanges…Il se contenta de soupirer et de la suivre en secouant la tête.
Louise fit une entrée remarquée dans les cuisines. Il faut dire qu’elle y atterrit plus qu’elle n’y entra. Trois marches permettaient d’y descendre, marches que Louise ne remarqua pas, puisque sa coupelle-couronne, momentanément rabattue sur ses yeux, lui rétrécit un court instant le champ de vision. Louise trébucha donc, s’emmêlant les pattes dans sa toge; elle tenta un rétablissement étrange, une espèce de vrille que n’eût pas réprouvé “ le baron noir ”, et s’abattit tel un grand albatros (albatros femelle évidemment et pourpre, ce qui est plus rare), sur le dos et en vrac.
Un silence s’établit assez rapidement dans la cuisine. Louise empêtrée continuant à gigoter, on se précipita pour la relever. Remise debout, Louise se rajusta la toge et se redressa la coupelle d’un air digne.
“ £ùµ klçgh §*~ss ! ! ! ” expliqua Louise.
(Le monologue qui suit se déroule en Monte-Alti, mais pour les quelques lecteurs qui ne maîtrisent pas encore cette langue, il m’a semblé utile de traduire)
“ – Pelle à crottes ! ! !, expliqua Louise, j’ai une de ces faims, moi ! enchérit-elle. Vous n’auriez pas un petit truc à manger ? Ah c’est vrai, je me présente, Princesse Louise. C’est Oncle Blepaph’ qui m’a invitée, mais c’est incroyable comme je suis distraite et j’ai raté la cloche du goûter ”. Un léger flottement s’ensuivit. Les cuisiniers froncèrent leur front bas et lourd, certains se grattèrent le crâne, d’autres s’observèrent les ongles, l’un d’eux, même, se mit à siffloter.
“ Vous voulez dire qu’il y a rien à manger dans votre cuisine ? ” interloqua Louise, interloquée (oui, je sais ça redonde, mais là, elle est vraiment très étonnée). Un silence douloureux fit écho à sa question. “ Bon, au moins, vous pouvez peut-être me faire du café ? ”
Le silence redonda. On entendit un marmiton fondre en larmes.
“ et m’offrir une clope, nan ? ”.
Vingt-cinq paquets de kraµakü surgirent dans vingt-cinq mains gauches, tandis que vingt-cinq briquets crickèrent dans un nombre identique de mains droites. Louise en rafla une dizaine à tout hasard, ça pourrait toujours servir.
Une trompette retentit alors, ça fit un truc dans le genre “ prou prouuuuuuuuu proueeeeetttttt ! ” . C’était vachement solennel.
Dominique tira assez violemment Louise par le bras. La coupelle -couronne se mit à pencher sur l’œil gauche de Louise, lui donnant un air canaille.( et en tout cas étrange).
“ Louise, grouillons-nous ! c’est l’heure de la Passation Nocturne ! ” Et il la traîna littéralement vers la Grande Salle, puis de la Grande Salle vers une immense porte.
Ils pénétrèrent dans la  Salle de la Passation au moment où la trompette résonnait pour la deuxième fois. “ Prou prooooouuuuuuuuuu prouuuuueeettttt ! ! ”
La salle était comble. Louise et Dominique se glissèrent le plus près possible de l’estrade.
Les deux fauteuils royaux étaient encore vides. On consultait sa montre.
Soudain la trompette résonna une troisième fois, l’horloge ding-donga à l’unisson une vingtaine de fois, c’était l’heure !
Le silence se fit total. Une musique s’éleva alors, la porte de droite du fond de la salle s’ouvrit…
(à suivre)

8 commentaires

  1. moocreflexion · mars 14, 2016

    Si tu demande si c’est du poulet, je réponds qu’il est sur la commode.
    Quant à la loco, je trouve que la 141 R a plus de chien !
    Cependant, j’ai hâte de connaître la suite. Dominique saura-t’il trouver les mots pour séduire sa princesse. J’ai cru un moment que nous allions assister à une scène torride à l’épisode 6bis, mais que nenni… la dure loi des feuilletons… qui veut que l’on tienne son public en haleine. On ne sait toujours pas qui a tirésur JR. Mais quel trip ce teasing.

    J'aime

  2. l'excédée · mars 14, 2016

    Et encore t’as pas tout lu ! (mon dieu que vais-je devenir quand vous aurez tout lu… ?)

    J'aime

    • moocreflexion · mars 14, 2016

      feuilletonniste…. avec d’autres délires… J’ai bien peur que tu ais pris perpet’. Condamnée par le succès !
      Au fait, c’est aujourd’hui l’anniversaire d’Albert, (sixième de Mide de Gibe… lundi quoi !). Que lui as-tu offert comme cadeau pour ces 137 ans ?

      J'aime

  3. patou45 · mars 14, 2016

    Et alors ? et alors ? Zorro est arrivé hé hé ????!!!

    J'aime

  4. l'excédée · mars 15, 2016

    Ca c’est étonnant, cette remarque sur Zorro ! (on comprendra mieux en lisant l’épisode suivant..)

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s