Un train peut en cacher un autre (2)

Mon dieu, déjà l’épisode deux ! Comme le temps passe.
Et le courrier des lecteurs qui s’entasse à la rédaction.. Ah quel succès…
Bon, pour ceux qui ont oublié le début, je vais inclure un résumé.

Résumé de l’épisode précédent : Louise a mal a la tête, boit du café et fume trop.
Son pote le roi Dominique l’appelle au téléphone.
Louise part au Monte-Alto.

(« Christine F. est un génie de la synthèse. » Paul Valéry)

Episode 2  : Un train peut en cacher un autre

episode2

 

A minuit, Dominique n’arriva pas. C’était un peu contrariant. D’abord, Louise avait froid.
La minijupe n’était pas une aussi bonne idée que ça. Elle l’avait un peu rallongée, grâce aux pages « économie » du « Monde » qu’elle avait fixées avec des allumettes taillées en pointe. Mais ça n’était qu’un pis-aller : le fond de l’air était froid à la gare de l’Est.
Ensuite, le rapide pour Monte-Alto était déjà en gare et partirait dans treize minutes. Louise glissa sa pièce dans la fente du distributeur et obtint un billet de seconde ainsi qu’un petit paquet de pastilles à l’anis, les mêmes que celles à la menthe, mais à l’anis.
Trois bonbons plus tard, Louise grimpa dans le train. L’absence de Dominique était un peu tarabustante, mais il devait y avoir une explication simple et logique : qu’il se soit fait enlever par les acolytes de Blépaphore, qu’il ait été tué par les partisans de Diurne, qu’il se soit gourré d’heure ou de gare.

(pour ceux et celles qui ne savent toujours pas qui sont Blépaphore et Diurne, on clic ici )

Louise balança ses sacs dans le filet à bagages, qui n’était d’ailleurs pas un filet, régla le chauffage à fond, et transforma sa rallonge de minijupe en couverture à grand renfort d’allumettes. Farfouillant dans son réticule, elle en retira un tube d’aspirine. Le bouchon splotcha .
Louise croqua un comprimé. C’était amer. Elle sortit dans le couloir et alluma une clope.
A minuit 14, le rapide prit son élan. Louise prit garde à ne pas se pencher par la fenêtre, se vautra sur la banquette, jeta la couverture journalistique sur ses jambes et s’endormit. Demain serait un autre jour.

Le lendemain vint à une vitesse étonnante. Louise s’éveilla et constata que c’était le matin, qu’elle avait un peu mal à la tête et qu’elle avait un drôle de goût dans la bouche. A moins que ce ne soit la salive. Louise sortit de son sac un thermos de café, alluma une clope, toussa un peu, et délaya une aspirine dans le café.
Puis, s’étant de la sorte défroissé l’intellect, elle envisagea un instant de se refaire une beauté. Je ne sais pas comment vous êtes après une nuit passée dans le train, mais Louise, c’est pareil. Bref, je vous épargne les lingettes rafraîchissantes et autres détails affligeants.Le train ralentissait maintenant de manière significative, preuve qu’il allait entrer en gare. Louise écourta donc la séance d’esthétique et rassembla ses affaires.
Comme elle s’y attendait, personne ne l’attendait à la descente du train. Louise se dirigea donc vers le buffet de la gare. Elle avait troqué sa minijupe contre un pantalon en pur vison acrylique, s’était chaussée de bottillons thermoformés de chez Chanel et avait ceint une écharpe en crocodile sauvage, qui lui donnait un air élégant et dégagé.

Le buffet était désert. Louise s’assit et héla le garçon, elle commanda dlvà oµùk i chïpàç, ce qui en Monte-Alti courant signifie : un café noir et un verre d’eau. Car notre héroïne parle couramment l’idiome. Grâce aux cours accélérés et multiples que Dominique R.D.M. lui a assénés, Louise a pu non seulement rapidement se débrouiller, mais encore soutenir une thèse de doctorat sur l’usage du passé ultérieur supiné en Monte-Alti ancien, (spécialité en Monte-Vastais).

Donc, le garçon, qui s’appelait Dominique, comme l’indiquait son petit badge, prit la commande, et revint, rapide comme l’éclair avec le dlvà oµùk i chïpàç. Louise, perdue dans ses supputations, ne le vit même pas déposer la tasse. Et pourtant, elle eut dû. Quelques secondes plus tard, en effet, elle découvrit un petit carton blanc, habilement plié entre la tasse et la soucoupe.
Le carton, une fois déplié, se révéla être un message de la plus haute importance, puisqu’on lui fixait rendez-vous à midi, qu’il y était question de Dominique R.D.M. et de vie ou de mort, enfin un truc dans le genre…
Louise, avalant de travers sa dernière gorgée de café, chercha le garçon qui l’avait servie, mais il avait disparu, remplacé par un vieillard moustachu. Infiniment troublée, elle vida son verre d’eau d’un trait sans même y avoir dissous la moindre parcelle d’aspirine.
L’horloge du buffet indiquait neuf heures. Louise jeta trois couronnes sur la table, rafla ses sacs de voyage. Louise s’enquit auprès du vieux moustachu prénommé Dominique, de la procédure à suivre pour se procurer un paquet de clopes. Ayant scrupuleusement noté l’adresse du débitant de Kraµaku le plus proche, Louise sonda son sac à main dont elle réussit à extraire une clope pliée en deux.
Louise avait une méthode infaillible : deux rouleaux de scotch plus tard, il n’y paraissait plus. Louise se paya deux effervescentes et alluma son collage.

A l’exception d’un grésillement étonnant et d’une fumée charbonneuse qui emplit le rez-de-chaussée de l’établissement, cette clope était tout à fait acceptable.

(à suivre)

4 commentaires

  1. izabelleb · février 25, 2016

    Flûte… j’voulais mettre un commentaire sur l’épisode 1 mais j’ai mangé la commission. Je me mets donc sur le 2!
    A la lecture du 1, j’ai tout de suite penser aux « Annales du Disk monde » de T.Pratchet. Tu connais? (je tutoies même si on s’connaît pas!!!)
    Bravo. J’adoooooore ton style 🙂

    J'aime

    • l'excédée · février 25, 2016

      Non je ne connais pas, mais je vais immédiatement aller à la pêche aux renseignements ! merci ! c’est toujours chouette d’avoir ce genre de tuyaux !
      Et puis oui, tutoyons, tutoyons !
      A bientôt !

      J'aime

  2. ColetteS · février 27, 2016

    J’adore également tes histoires complètement barrées : c’est à chaque fois une super récrée et on attend la suite avec gourmandise 😉

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